#MercrediFiction #3.9

Emma se réveille doucement dans les bras d’Enzo. Elle le regarde se réveiller lentement. Pour la première fois de sa vie elle n’avait pas d’appréhension, pas de peur, pas de cauchemars. Une vraie nuit de repos. Enzo se réveille lentement aussi, serre Emma dans ses bras comme si c’était la première et dernière fois qu’il pouvait la serrer. Il ne sait pas de quoi sera fait l’avenir, mais à ce moment précis, rien d’autre n’existe qu’elle. Et il sait qu’il fera tout son possible pour l’apaiser. Elle sait qu’elle fera de même pour lui.

Parfois, dans la vie, on sent les choses. Comme si c’était une évidence, comme si on l’avait toujours su. Elle savait que c’était lui. Il savait que c’était elle. Même s’ils devaient être séparés, leurs coeurs continueraient de battre pour leur moitié.

Emma regarde l’heure.

– Merde j’suis à la bourre.
– Comme chaque matin Principessa.
– Vrai. Café ?
– File sous la douche, je vais le faire.

Emma s’empresse de prendre sa douche et rejoint Enzo dans la cuisine. Les filles dormaient encore.

– Tu sais Piccolina…
– Je sais.

Elle savait très bien que ce n’était pas forcément sage d’être avec une personne recherchée par la Mafia. Elle savait qu’elle pouvait être en danger. Elle savait aussi qu’elle l’aimait.
Il ne voulait la mettre en danger, il savait que si il l’aimait il devait la tenir loin de lui… mais il n’y arrivait simplement pas.

– Je ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit.
– Ma vie, mes choix. Et je te choisis toi.

Ils boivent leur café en s’échangeant des petits regards. Emma emporte son son gros chat qui dormait encore sur le lit et part chez le vieux Michele pendant qu’Enzo va s’occuper du cybercafé.

Emma entre, le vieux Michele lui sourit.

– Pourquoi être venue si tôt Piccolina ?
– Comme tous les matins Michele… je pensais être en retard.
– Pas ce matin… Tu devrais retourner chez toi ce matin, dormir un peu.
– Non non ça va aller t’inquiète pas.
– J’insiste Petite.

Il ne l’avait jamais appelée “Petite” en français. Elle comprend. Quelque chose ne va pas. D’un pas décidé, elle passe la porte de l’arrière-boutique. Michele tente de la dissuader mais elle continue.
Elle entre dans la pièce, pose le sac de Mallow délicatement à terre. Cinq hommes armés. Ils sont cinq hommes armés. Visiblement pour elle.

– Bonjour, c’est pour un cours d’informatique ?
– Pas vraiment non. Assise.

Emma se met assise, sans résistance.

– Tu sais n’est ce pas ?
– Je sais beaucoup de choses, mais je doute que ça soit ce que vous voulez.
– Je vais préciser : sais-tu qui tu es ?
– Oui, bien sûr.
– En es-tu sûre ?

Emma commence à douter. Cet homme lui explique que la famille d’Emma avait fui la guerre. Emma le savait. Ce qu’elle ne savait pas c’est que sa famille avait fait beaucoup pour les villes et les habitants du Sud. Il lui explique que la Mafia n’est pas forcément bonne ou mauvaise, mais qu’elle doit s’occuper de ce que l’État ne gère plus. Il lui explique également que ces PC qu’elle remet à neuf sont pour des écoles ou des associations. Mais Emma le savait, le vieux Michele lui avait dit déjà. Elle ne comprenait pas trop où toute cette conversation allait mener.

Il continua son discours. Toujours très calme. Cet homme était d’un calme incroyable. Il était la classe incarnée. Emma se dit qu’elle devait faire tellement tâche à côté d’un homme pareil. Elle l’écoute avec attention, aimerait le laisser finir mais c’est plus fort qu’elle.

– Où voulez-vous en venir exactement ?
– Tu es douée.
– Vous ne me connaissez même pas…
– Ta réputation te précède.
– Je viens à peine d’arriver…
– Tu apprendras qu’ici on ne discute pas.
– Vous apprendrez que je ne retiens pas mes mots. Mais que j’en assume toutes les conséquences, bonnes ou mauvaises.
– Je t’aime bien.
– J’en suis désolée mais je ne peux aimer une personne si je ne la connais pas.
– J’en conviens.
– Du coup… Vous êtes là pour quoi exactement ?
– Travaille pour moi.
– Je travaille pour le vieux Michele.
– Tu as fini en une semaine ce qu’ils mettent des mois à faire.
– C’était rien…
– Travaille pour moi.
– Je vous l’ai dit je…
– Tu n’as pas compris. On ne me refuse pas.
– Je ne bosse que pour des gens que je tutoie.
– Qu’il en soit ainsi, tutoies moi. Et travaille pour moi.
– Merde.
– Tu me surprends…
– Vous… toi aussi.
– Je prends ça pour un oui ?
– C’est quoi le job ?
– Monter des PC, les configurer, éventuellement donner des cours aux petits.
– Où ?
– Au cybercafé d’Ernesto et Enzo.
– Vous…
– Oui je les connais.
– Combien ?
– 2700€ net par mois.
– OK. C’est quoi l’arnaque ?
– Tu vas faire plusieurs boulots, tu as des compétences, tu mérites une paie en conséquence.
– L’argent ne m’intéresse pas si c’est de l’argent sale.
– Il vient de l’économie locale. Ce n’est ni l’argent de la prostitution, ni de la drogue.
– Comment je peux faire confiance à un mec qui visiblement est responsable de la Mafia locale ?
– Par ce que tu n’as pas le choix Piccolina, tu n’as pas le choix.

Il se lève. Le monsieur est très grand, avec un costume noir. Il impose le respect. Il reprend son chapeau, le pose sur sa tête et se dirige vers la porte. Il se retourne et lance à Emma qu’il l’attend lundi après-midi au cybercafé.

Emma est énervée. Comment a-t-elle pu se laisser faire comme ça ? Pourquoi a-t-elle dit oui aussi facilement ? Comment est-ce possible ? Le vieux Michele la rejoint dans l’arrière-boutique.

– Tu ne pouvais pas refuser. Il aurait continué à discuter jusqu’à ce que tu lui dises oui.
– Je ne suis pas comme ça…
– Tu as formidablement géré. Je n’aurai pas pu te payer… Il a vu ton travail. Je lui ai demandé si je pouvais avoir de l’aide pour te payer. Il m’a dit qu’il préférait te prendre en direct. Surement pour te surveiller.
– Mais Enzo va me détester !
– Non, tu n’avais pas le choix, il le sait. Il le savait même avant que toi tu ne le saches.
– Il me l’aurait dit.
– Non Piccolina… tu ne peux pas dire ces choses là. Tu le sais aussi bien que moi.
– Il m’a dit que ma famille…
– Tu as encore beaucoup à apprendre Piccolina… beaucoup. Rentre te reposer.

Emma prend son gros chat dans les bras pour en sentir ses ronrons. Elle ne comprend toujours pas comment elle a pu dire oui. Elle rejoue cette scène dans sa tête encore et encore. Elle se met en route, rentre chez elle. Elle monte les escaliers, la tête un peu ailleurs. Elle ouvre la porte. Personne, les filles ont dû partir. Elle s’allonge sur son lit, continuant de rejouer la scène encore et encore. Elle se revoit, pensant mener la danse. Mais on ne danse pas avec ces gens. Travailler pour la Mafia… et sa famille, l’avait-elle vraiment fait ? Comment est-ce possible ? Elle était proche de sa grand-mère, pourquoi ne lui aurait-elle rien dit ?

Emma tournait en rond avec Mallow dans ses bras. Elle le tenait maladroitement mais il ronronnait quand même, tentant de rapprocher sa tête de celle de la jeune femme pour la calmer. Emma le serra fort contre elle.

– Tu vois Mallow, je vais entrer dans un engrenage diabolique… je ne pourrai plus en sortir. Je suis une horrible personne. Ils tuent des gens bordel ! Comment j’ai pu me laisser avoir aussi facilement ?

Elle n’avait pour seule réponse qu’un simple “miaouuuuuuu” qui dura un certain temps.

– Tu as raison, je vais pas me laisser abattre. On va réussir. Et puis après tout, je vais simplement faire ce pour quoi je suis douée non ? Et il ne me paiera pas avec de l’argent sale non ? Et puis… J’arrive pas me convaincre…

Emma espère trouver une solution mais elle sait que pour l’instant elle ne peut qu’attendre lundi et voir ce qu’il va se passer. Elle a besoin d’un travail, il est bien payé, et si ça peut rendre service aux enfants, pourquoi pas… mais même avec ces raisons elle n’arrivait pas y croire. Peut-être, qu’après tout, elle pourrait s’améliorer encore plus… Et peut-être que la Mafia n’était pas forcément l’organisation malsaine qu’elle avait en tête ?

Mais peut-être que si, et peut-être que le cauchemar ne faisait que commencer. Peut-être qu’Emma n’était pas faite pour ça, n’était pas de ce monde. Elle était sûrement trop naïve et gentille pour un monde nocif fait de mensonges.

Elle s’allonge, toujours avec son gros chat Mallow dans ses bras, et tente de s’endormir en rêvant d’un monde meilleur. D’une vie meilleure. Même si elle sait, au fond d’elle, que certains sont faits pour une jolie vie pleine de jolies choses… et d’autres non.

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hackorn
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Un peu magique, un peu trash, un peu tout, surtout rien.

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