#MercrediFiction #4.3

Lou regarde autour d’elle pendant qu’elle cherche des réponses. Elle s’approche d’une étagère, fouille un peu… Elle y trouve des piles encore emballées et à côté un vieux walkman. Elle n’en avait pas vu depuis des années. Elle pose le casque poussiereux sur ses oreilles et appuit sur le gros bouton play alors que les autres la regardent ne comprenant pas ce qu’elle fait. Elle commence à entendre les premières notes. Des frissons parcourent son corps. Le simple fait d’entendre des notes fait réagir son corps qui se met à bouger tout seul. Elle n’avait rien entendu depuis des années. Ce n’était pas son genre de musique mais finalement lorsqu’on est privé de quelque chose pendant plusieurs années on se rend compte à quel point ça nous manque et à quel point c’est essentiel à une vie.
Et puis elle reconnait la chanson au moment du refrain…

If I could melt your heart
We’d never be apart
Give yourself to me
You hold the key

Elle retire le casque de ses oreilles ne voulant pas paraître faible aux yeux des autres. Elle se retourne.

- Y avait pas ce truc là sur les étagères avant que tu ne le prennes…
- Bah si il y était puisque je l’ai pris, t’as juste pas fait gaffe
- On est ici depuis des années, on l’aurait vu cette porte ou ce boitier qui te fait un effet bizarre tu crois pas ?

Le petit avait raison… Mais s’il suffisait qu’elle pense à quelque chose pour l’avoir elle aurait déjà eu une salle de bain, des croquettes pour son chat et son meilleur ami… Mais il n’y avait rien d’autres que des objets poussiereux ou des pringles périmés… Elle s’abaisse et trouve un vieux pack de Leffe. Elle en prend une et en propose aux autres adultes.

Tout ça remue pas mal de choses en elle… Elle se souvient d’un petit appart avec son gros chat Tertone… La musique, elle avait toujours de la musique sur les oreilles… Elle se souvient qu’elle en jouait aussi. Elle n’arrive pas à remettre des visages sur les gens qu’elle cotoyait… Peut-être parce qu’elle ne cotoyait personne…

Elle se décide à retourner dehors maintenant que les enfants ne sont plus seuls… Trouver des survivants doit être une priorité.

Elle ressort du trou, continue son chemin en tentant de voir bouger des choses. Au bout de plusieurs heures elle tombe sur un homme assis dans les décombres, une bière à la main. Il semble ailleurs mais conscient.

Elle s’approche de l’homme… Il ne bouge pas.

- Moi c’est Lou
- Cool, content pour toi.
- Et toi ?
- Qu’est ce que ça peut te foutre ? Tu vois pas que le monde est parti en fumée ?
- Ah mince non j’avais pas remarqué qu’en 2042 y avait plus de maisons…
- 2042 ?
- Ouais…
- 2024 tu veux dire ?

Lou bloque un moment… il venait aussi de 2024. Elle n’était donc pas seule à avoir fait un bon dans le temps. Ou alors il se moquait d’elle…

- Je viens de 2024 aussi… mais nous sommes en 2042 mais je sais pas ce qu’il s’est passé… j’ai retrouvé des gens ils sont dans le trou plus au sud là bas…
- Et tu veux pas y retourner dans ton trou ?
- Nan pas sans toi pas tant que tu m’as pas dit ce dont tu te souviens.

Lou se met assise à côté de l’homme mystérieux.

- Vincent… je m’appelle Vincent je crois.
- Enchantée Vincent… Moi c’est Lou.

Vincent lui passe une bière, une 1664. Il voit la jeune femme faire une grimace.

- Désolé j’ai pas trouvé mieux à l’apocalypste, j’ai pas eu le temps de faire des vraies courses.

Elle rigole. Il sourit.

Elle comprenait encore moins tout ça mais au moins elle se sentait un peu moins seule dans un monde en cendres où elle n’avait personne à qui parler, personne à qui se confier et personne avec qui partager les choses.

Les autres adultes ne faisaient que la suivre. Les enfants semblaient surtout compter sur elle afin d’avancer.

Vincent semblait comme elle, solitaire et évitant tout contact possible avec l’espèce humaine. Peut-être que leurs histoires étaient semblables. Peut-être que non. Peut-être qu’à l’avenir elle se sentira un peu moins seule. Ou peut-être pas. Mais quoi qu’il arrive elle sent qu’elle tient une clé. Peut-être que cette clé n’ouvrira pas la bonne porte mais au moins elle ouvrira une porte.

Ils restent là, silencieux à boire une bière chaude comme la pisse et à tenter de comprendre les choses.

Plus Lou tente de remettre les choses dans l’ordre, plus sa tête s’embrouille et moins elle comprend les choses au final.
Visiblement, Vincent est arrivé de la même façon que Lou, aucun souvenir, il comprend pas ce qui lui arrive. Mais il a parcouru bien plus de kilomètres qu’elle. Il s’est arrêté pour se poser un peu avec une bière et ce qu’il a trouvé à manger.
Il ne reste pas grand chose mais visiblement il est tombé sur une cave assez bien fournie. Sauf en bières. Si elle avait su, Lou aurait ramené les Leffe qu’elle a trouvées.

Malgré les kilomètres parcourus, Vincent n’a croisé aucune civilisation ni aucun village intact. C’était peut-être ça la fin du monde ? Un monde en cendres où les survivants ne survivront que quelques mois ou années avant de finir de la même façon que les autres.

Lou n’avait pas dans ses habitudes d’espérer quoi que ce soit… Mais pour une fois elle esperait que tout ça n’était qu’un cauchemar ou qu’elle trouverait un eldorado un jour pour pouvoir y emmener les gamins qu’elle a trouvés. Ils ne méritent pas ça. Personne ne mérite ça, mais des enfants…

Les questions continuent de se bousculer dans sa tête. Mais à ce moment là, elle voudrait juste que le temps s’arrête. Pour une fois, elle se sent à sa place avec cet inconnu. Elle n’a pas besoin de faire le moindre effort pour lui parler. Elle n’a pas besoin de mots, il sait lire dans ses yeux comme dans un livre ouvert. Et c’est réciproque.
Elle a cette sensation de le connaître depuis toujours alors que finalement, ils ne se connaissent que depuis quelques heures.

Elle ne croit pas au hasard. Si Vincent est sur sa route c’est pour une bonne raison. Elle doit découvrir pourquoi. Une question de plus qui s’ajoute au reste…